Pensées



Publié le vendredi 16 janvier 2009


Vendredi 16 janvier 2009

Mon automne...

La pluie,

les pavés mouillés, brillants,

la nuit,

le soir si vite, qui tombe,

tant de visages derrière la fenêtre,

temps passé à regarder dehors,

sans bruit,

à regarder la pluie,

les feuilles,

lentement se poser,

plumes d'arbres d'automne...

 

Une année vient de passer qui se dépose là,

sur le sol,

pour l'enrichir,

mort pour la vie,

feuilles-humus à jamais données.

 

Et la terre, paisible, ne dit mot,

la saison, elle, dit son dernier mot,

les moissons sont finies,

elle consent à l'ultime sacrifice...

la mort approche,

le sommeil l'enveloppe lentement..

 

Quelques sursauts...

les bourgeons se forment déjà, s'emmitouflent,

tout en germe pour l'hiver, l'hivernage,

en germe,

en devenir,

en avenir,

en vie...

Les oiseaux se rassemblent,

prêts pour le grand départ aviaire,

(hum ! Facile).

 

Les blés ont déjà commencé de pousser, solides et fermes, parés pour les grands froids.

La terre se tait, lentement...

Seuls parlent encore, et de plus en plus fort, les hommes politiques (et les femmes aussi)

mais qui les écoute ?

 

Nous écoutons la terre, son silence, ses patiences.

Et nous la regardons se parer de ses plus beaux atours,

pour le dernier spectacle, de saison.

 

C'est l'automne !

mon automne,

mots d'automne,

offerts...

 

 



Vendredi 16 janvier 2009

Grand dadet...

Grand dadet !

Il ne savait plus lever la tête,
grand dadet,
comme on lit parfois dans les livres d'Agatha Christie,
il marchait courbé,
jamais droit,
il regardait en bas, le visage tourné vers la terre.

C'était un homme au coeur droit.
Mais son corps, son visage, ses regards
étaient parfois insoutenables...
déformés, comme les branches tordues de certains arbres de villes...
Un corps pour crier en silence ce que nous ne pouvions pas comprendre
ce que je ne pouvais pas imaginer...

Un jour...

Il a fallu du temps,
des semaines,
pour qu'il dise,
qu'il raconte
qu'il partage ce qui avait tordu son corps au point de le courber ainsi
ce qui l'avait à jamais soumis,
torturé, humilié
et, paradoxalement, aidé à se redresser...

Un jour...

Il a vu sa famille massacrée devant lui,
impuissant,
attaché,
il attendait son tour...

Le pire est arrivé.
Ils l'ont détaché,
et ils l'ont laissé vivre.
Ils ne lui ont rien fait,
ils ne l'ont pas touché,
Et c'est pire que la mort
abattu il l'était, humilié, impuissant,

ridicule bout d'homme asservi à la haine
Ils les ont tous tués...
Lui ils lui ont fait pire...

Ils sont partis,
ils ont repris leur tache de rebelles,
ils ont poursuivi leur route,
le laissant blessé sur un bord de village vidé de ses habitants,
sinon lui.

J'aurais pu devenir fou,
disait-il, un sanglot dans la voix,
les yeux tournés vers le sol, la terre,
pire, j'aurais pu devenir comme eux
.

Il s'est terré, presque enterré,
caché pendant six mois sous les ruines d'une maison,
sous des tôles infâmes dont il n'oubliera jamais la noirceur.

Et quelqu'un est passé, repassé, s'est arrêt pour lui.
Et pendant ses six mois, la main de passage déposait à manger,
oh, seulement quand c'était possible.

J'aurais pu devenir fou, disait-il
ou devenir comme eux.


Un jour ...

Un jour il est sorti
et il s'est déplié, décourbé, un peu,
celà fut long,
rappelez-vous c'est un grand dadet
et tandis que son corps lentement reprenait une allure humaine
il décidait de mener une vie Humaine.

Quand il a pu sortir,
il a choisi de devenir prêtre,

au service discret et humble des isolés,
des souffrants du monde,
de ceux qui pourraient devenir fous,
de tristesse,
de rage,
de souffrance.

Il a choisi de devenir prêtre
pour combattre la haine
avec un coeur d'amour
et donner sa vie.

Il n'a pas trente cinq ans,
ces temps-ci il vit à Paris, il termine ses études,
c'est là que je l'ai rencontré...
Il retournera au pays,
bientôt,
il sait que là bas sa vie est menacée,
mais ils sont si nombreux qui attendent juste une main pour vivre.

De nouveau il se penchera,
il courbera le corps,
son corps de grand dadet,
pour mieux tourner son coeur vers ceux qui vivent si bas,
courbés, humiliés, blessés,
et pour éviter qu'ils ne deviennent tous fous.

Mystère de notre Humanité,
capable du pire,
et du meilleur.


Rwanda